St Malo – de Port Solidor aux Bas-Sablons

Après les prémices historiques sur la Cité d’Alet, revenons au présent avec une ballade qui va nous amener de l’Anse Solidor à l’Anse des Bas Sablons en faisant le tour de la presqu’île de la Cité d’Aleth, toujours dans le quartier de Saint Servan à Saint-Malo.


Saint-Servan Tour Solidor

 

Monuments au Commandant Charcot et au « Pourquoi Pas ? »

En contrebas de notre parking du Quai Sebastopol – le plus proche de la Tour Solidor – se découvre un joli square très fleuri et dans celui-ci une stèle et une sculpture rendant hommage au Commandant Charcot et à son équipage du « Pourquoi pas ? ».

Jean-Baptiste Charcot

 

Né en 1867, Jean-Baptiste Charcot est une des figures de Saint-Malo. Il est connu pour son exploration marine des régions australes et antarctiques à bord du « Le Français » et du « Pourquoi Pas ? » construits à Saint-Malo.

Il sera aussi navire école avant la guerre puis commandera 2 navires anti-sous-marins pendant le conflit de 14-18. Après celui-ci il reprendra ses explorations autour des régions arctiques cette fois, notamment autour du Groenland, toujours avec le « Pourquoi Pas ? ».

Le 16 juillet 1936 Charcot et ses équipiers quittent leur port d’attache de Saint Servan à destination de l’Islande où ils arrivent le 5 août afin de livrer du matériel scientifique à la mission de Paul-Emile Victor (qui vient de traverser le désert de glace du Groenland). Le 15 septembre ils quittent l’Islande.

Pris dans une tempête, ils sont envoyés sur des écueils où ils subissent d’énormes dégâts. Le navire disparaît le lendemain sur la côte ouest de l’Islande. Il n’y aura qu’un seul survivant sur les 40 hommes embarqués.

Saint-Servan la stèle en hommage à Charcot réalisée par René Quillivic
Saint-Servan
la stèle en hommage à Charcot réalisée par René Quillivic
(à gauche, derrière la fleur orange, le visage d’un marin se noyant dans les vagues … )

 

La stèle est un bas-relief de granit de 4,60m de long représentant le commandant Charcot entouré de 2 figurations de son navire, en eaux calmes et sous la tempête (on peut y voir un homme se noyant).

Cette oeuvre a été commandée par l’Etat au sculpteur René Quillivic en 1938 et est inscrite à l’inventaire du Fonds National d’Art Contemporain. Exposée d’abord à Fécamp, elle est reçue en dépôt par la ville de Saint-Malo en 2006.
L’auteur du triptyque, René Quillivic (1879-1969), né en Bretagne, est connu pour ses monuments aux Morts notamment en Finistère.

Saint-Servan – Sculpture hommage à l’équipage du « Pourquoi pas ? »
offerte par la république d’Islande – auteur Einar Jonsson

 

La seconde oeuvre est une réplique d’une statue du sculpteur islandais Einar Jonsson dont l’originale est exposée dans un fjord de l’est islandais. Cette réplique a été offerte par le gouvernement islandais en 1996. Elle représente une sorte d’ange veillant sur une ligne d’hommes qui montent vers le ciel dans une formation évoquant une proue de navire.

Si je vous dis que nous retrouverons un autre mémorial à la fin de notre ballade et qu’il y a aussi un collège qui porte son nom à Saint-Malo, on comprend mieux l’importance de cette figure malouine, à la fois navigateur et explorateur …

 

l’Arsenal de Saint-Malo et l’Ar Zenith
Saint-Servan – vue depuis le jardin Solidor
bâtiments blancs au fond, l’ancien Arsenal de Saint Malo
au centre, sous un abri à bateau, l’Ar Zenith
au bord du quai sa droite, un bunker allemand
en arrière plan l’estuaire de la Rance et au premier plan, l’anse Solidor

 

Tournons-nous maintenant vers l’Anse Solidor. Les bâtiments blancs sur la photo sont ceux de l’ancien arsenal de Saint-Malo aujourd’hui devenu le centre administratif des Affaires Maritimes. Dans ces bâtiments se tiendra à partir de 1800 l’essentiel de l’administration de la Marine, sur l’ordre de Lucien Bonaparte, dont l’épouse était servanaise d’origine. Au plus fort de son activité, on comptera  jusqu’à 17 cales de lancement de part et d’autre de la Tour Solidor, dans les anses Solidor et Saint-Pierre. Cette zone demeurera une zone militaire jusqu’en 1885 où cessera l’activité de réparation et de construction.
En arrière-plan se cache le très beau Parc des Corbières qui domine l’estuaire de la Rance.

Saint-Servan – l’Ar Zenith

 

Une des cales, dite la cale des Torpilleurs, y est encore visible. On peut aussi voir sous un abri à bateau l’Ar Zenith. Ce dernier est un navire pionnier de la France Libre. Construit en 1939, il a été le premier navire civil à partir pour l’Angleterre au lendemain de l’appel du Général de Gaulle, le 19 juin 1940. A l’origine parti pour l’île de Sein avec à son bord des jeunes gens, des chasseurs alpins et un lieutenant, ce dernier réquisitionne le navire, débarque les civils sur l’île sauf 4 membres d’équipage. Une fois en Angleterre, ce petit navire est incorporé à la Royal Navy sous l’autorité des FNFL (Forces Navales Françaises Libres). Il participera au transport des munitions et à des opérations nocturnes au large des côtes anglaises. Il est classé monument historique depuis 2000.

L’anse Solidor est aussi un joli port de mouillage pour les plaisanciers.

Saint-Servan – vue depuis le pied de la Tour Solidor sur l’anse Solidor

 

la Tour Solidor

Intéressons-nous maintenant à cette fameuse Tour Solidor qui donne son nom à l’anse et qui est un incontournable de Saint-Servan. Elle est édifiée entre 1379 et 1384 par le duc Jean IV de Bretagne sous la direction de l’architecte Etienne Le Ture, sur les fondations de l’ancienne tour viking d’Oreigle (un petit châtelet et une enceinte fortifiée), qui elle-même était construite sur des fortifications gallo-romaines !
Son objectif alors était de contrôler la navigation sur la Rance. Son nom signifie en breton « porte de la rivière« . C’était en effet l’unique point de passage pour les transports depuis la Rance vers Saint-Malo … sachant qu’à cette époque, Saint Malo appartenait au royaume de France et était donc rebelle à l’autorité du duché de Bretagne …

 

Saint-Servan – la Tour Solidor, son pont d’accès

 

C’est un donjon fortifié composé de trois tours réunies par de petites courtines, parfait exemple de l’architecture militaire médiévale.
En 1588, la tour passe aux mains des Malouins, facilement car elle est peu gardée .. et ils y mettront peu d’hommes eux  aussi (5 ou 6 !).

Saint-Servan – la Tour Solidor (entrée)

 

En 1756 le pont-levis est remplacé par le pont de pierre.

Sous ce pont, on peut repérer à marée basse les vestiges d’une chaussée en pierre qui menait au port gallo-romain, le niveau de la mer étant alors plus bas qu’aujourd’hui.

Pendant la Révolution et l’Empire elle devient prison, on y enferma prêtres, religieuses et militaires.

Elle est classée monument historique depuis 1886, date à laquelle le grand toit lui est ajouté.
Depuis 1970 c’est le musée des Cap-Horniens.

Au pied de la tour, de l’autre côté se trouve l‘anse Saint-Père. Autrefois on y trouvait une belle activité de pêche aux homards, aux crabes, à la morue … et beaucoup de bateaux ont utilisé cette anse à l’abri des vents dominants, depuis les romains (ils y établirent leur nouveau port lorsque la ceinture alluvionnaire lâcha, cf mon article précédent) ou les contrebandiers remontant la Rance vers Saint Malo  … on y trouve aujourd’hui quelques petits plaisanciers … et 2 des anciennes cales, la Cale Solidor au pied de la tour, et la Cale Saint Père le long du quai … pas très visibles pour nous, à marée haute au lendemain des grandes marées ….

Saint-Servan – la Tour Solidor et à ses pieds la Cale Solidor



Depuis la cale Solidor, on aperçoit de l’autre côté de l’estuaire de la Rance la ville de Dinart ainsi qu’une étrange tourelle, le marégraphe sur lequel nous reviendrons plus bas.

Saint-Servan – depuis la cale Solidor –
Dinard au fond, la Tour marégraphe et l’anse Saint Père

 

L’Estuaire de la Rance et le Rocher de Bizeux
Saint-Servan – l’estuaire de la Rance avec au fond à peine visible le pont-usine marémotrice
de la Rance et à droite le Rocher de Bizeux surmonté de la Statue de la Vierge

 

Depuis la tour (ou en jouant sous les arches de son pont … ) on peut voir au loin un pont routier reliant Saint Servan à La Richardais (vers Dinard), qui coupe l’estuaire de la Rance. Il s’agit de l’Usine Marémotrice de la Rance. C’est une centrale électrique tirant son énergie de la force de la marée. Mise en service en 1966, elle est restée la plus grande usine de ce type jusqu’en 2011 détrônée par une centrale coréenne légèrement plus puissante (254 contre 240 MW)

.

Saint-Servan – Rocher de Bizeux et la statue de la Vierge
à gauche, les voitures sur le pont de l’usine marémotrice

 

Dans l’estuaire de la Rance se détache le rocher de Bizeux et sa Vierge « Notre Dame la Dominatrice« . Elle était exposée au salon de Paris en 1896. Erigée sur le rocher en 1897, la tête tournée vers le ciel, elle étend ses bras vers la mer, paumes tournées vers celle-ci en un geste de domination, d’où son nom.  Touchée par un obus en août 1944, qui la fit pivoter vers Dinard du haut de ses 5 mètres (dur à imaginer … ! ), elle ne fut restaurée qu’en 1998.

 

Cette fois nous quittons la ville pour nous diriger vers la Cité d’Alet elle-même …. Nous en avons déjà vu la cathédrale dans larticle précédent… Nous laissons donc celle-ci pour nous rendre sur la Promenade qui longe la corniche … Au fur et à mesure, de beaux points de vue vont se dégager.

Saint-Servan – vue depuis la promenade de la Cité d’Aleth
le Port Saint-père avec à gauche la cale St Père cachée par le bâtiment blanc et sa rampe (??)
et la Cale Solidor au pied de la Tour Solidor

 

Le Marégraphe de Saint-Malo
Saint-Servan
le Marégraphe vu de la cale Solidor
(Dinard en arrière-plan)

 

En continuant notre cheminement, il est possible de s’approcher du Marégraphe aperçu depuis la cale Solidor, un petit escalier y descend mais le lieu est fermé évidemment.

Édifié en 1844 par la direction hydraulique de Brest, le marégraphe ou puits à marée sert à mesurer les hauteurs maximales des marées. Un puits intérieur de 1,5 mètre de diamètre communique avec la mer et parcourt toute la hauteur de l’édifice. L’ouverture au niveau de la mer est toujours immergée afin d’éviter toute interférence due aux vagues.

La chambre d’observation a accueilli jusqu’en 1917 un marégraphe mécanique conçu par l’ingénieur géographe Chazallon. Il sert aujourd’hui au barrage de la Rance, lui transmettant la courbe de hauteur de la mer.

Il a été construit sur une ancienne zone d’échouage des navires qui approvisionnaient Alet, on a retrouvé une ancienne maçonnerie gallo-romaine sous la rampe d’accès …
Endommagé en 1944, il ne fut rénové qu’en 1970.

Saint-Servan – le marégraphe vu de la promenade de la cité d’Alet

 

Quelques points de vue depuis la promenade …
Saint-Servan – sur le chemin de promenade de la Cité d’Alet
l’embouchure de la Rance et Dinard

 

Des sentiers de promenades ont été aménagés tout autour de la cité d’Alet sur sa presqu’île, menant aussi vers les principaux points d’intérêt avec des terrasses aménagées. Des pins y ont été plantés dans les années 1960, la ballade est donc très agréable, au milieu d’une belle végétation.

Saint-Servan – le long de la promenade de la Cité d’Alet

 

On peut parfois y voir des restes des blockhaus allemands de la dernière guerre, des tourelles de tir … mais je vous laisse les découvrir dans le prochain article sur le Mémorial 39-45 qui se situe aussi le long de cette promenade dans l’enceinte de l’ancien fort militaire. Pour le moment profitons juste des couleurs, de la végétation et de la mer !!!

Saint-Servan – promenade de la Cité d’Alet – au loin l’île d’Harbour

 

Saint-Servan – promenade de la Cité d’Alet
au loin les îles d’Harbour et Cézembre
et le môle de Saint Malo précédé de son Feu blanc.

 

Depuis 1978, les amoureux de voile viennent voir les départs de la Route du Rhum depuis le panorama de la cité d’Alet ! On comprend pourquoi ! Le sentier offre des points de vue époustouflants … dépaysement garanti avant ou après la visite de Saint-Malo intra-muros .. un havre de paix (tout au moins en hors-saison … ) …

Saint-Servan – le long des chemins de la promenade de la Cité d’Alet

 

Après une pause au Mémorial 39-45, nous arrivons à l’anse des Bas-Sablons avec une vue directe sur Saint-Malo intra-muros, précédé par le Môle des Noires facilement reconnaissable à son feu blanc qui se détache sur le bleu de la mer. Un autre môle en pierres dit le « Môle Abri » ferme l’entrée dans l’anse des Bas-Sablons vers laquelle nous nous dirigeons.Le Môle des Noires a été édifié de 187 à 1842, depuis le bastion Saint-Philippe à Saint Malo, afin de protéger l’avant-port malouin. Il a été rallongé en 1932-1933, détruit en 1944 et reconstruit et atteint maintenant 520 mètres de long.

Saint-Malo intra-muros et le môle des Noires
vue depuis le mémorial 39-45 dans la cité d’Alet

 

Pourquoi ce nom, le Môle des Noires ? Serait-ce parce que les femmes voire les veuves toutes de noir vêtues venaient y attendre leurs maris partis en mer ? Non, en fait tout  simplement la digue a été construite sur des rochers … noirs ! Moins poétique … On peut voir ceux-ci à marée basse … Le mot « môle » viendrait quand à lui de l’italien « mollo », la masse, en rappel aux échanges malouins avec l’Italie à cette époque (sans certitude …).

Au bout on peut voir le « Feu de Saint Malo » dans toute sa blancheur. Il ne s’agit pas d’un phare au sens propre. Là aussi la tourelle d’origine, qui datée de 1838 et avait été déplacée avec l’allongement du môle, sera détruite par les allemands en 1944.L’actuelle date de 1959.

 

Cité d’Aleth
descente de la promenade de la
corniche vers l’anse des Bas-Sablons

 

Cairn  en mémoire du « Pourquoi Pas ? »

Nous sommes redescendus vers le port des Bas-Sablons.Je vous l’avez dit ..  Là en bordure du môle, nous retrouvons le souvenir du Commandant Charcot, dont nous avons parlé en début d’article. Un cairn  en mémoire de l’équipage du « Pourquoi Pas ? » et du commandant Charcot y a été érigé en 1986 par la ville de Saint Malo, 50 ans après leur disparition …

Saint-Malo – les Bas-Sablons
le Cairn mémorial au commandant Charcot et à l’équipage du « Pourquoi Pas ? »
Cairn Charcot – ile Booth (Antarctique)
crédit : S.Ouachée (sous CC)

Pourquoi un cairn ? Peut-être en rappel de celui que Charcot érigea lui-même à Port Charcot, son lieu d’hivernage sur l’île Booth dans l’Antarctique lors de sa première expédition en 1904 ?

Un autre cairn mémorial a été depuis érigé aussi en Islande, près des lieux du naufrage.

 

Ce n’est pas la fin de notre visite de ce lieu très riche en patrimoine puisque nous nous retrouvons dans le prochain article pour l’évocation du Mémorial 39-45 et des vestiges de la Seconde guerre Mondiale.

 

SOURCES :

 

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