EPERNON est une petite ville d’Eure-et-Loir, presque limitrophe des Yvelines.
Le centre bourg d’Epernon est construit sur un promontoire, dont la ville tire son nom « l’Eperon fortifié » en latin « Esparnonium« . De bonnes pentes en perspective, des petites ruelles …
Il ne reste que peu de vestiges de l’histoire d’Epernon, beaucoup se devinent uniquement par les noms de lieux, de rues.
Decembre 2018 : Je viens de faire une petite mise à jour de l’histoire de la ville et de son château avec quelques nouvelles données. En effet depuis la première publication de cette article en 2015, la ville d’Epernon a réalisé un parcours de découverte qui permet d’obtenir quelques informations supplémentaires. Et j’ai aussi pu trouver quelques autres sources de documentation.
![]() |
|
Epernon – (le Playmobil … visite de la ville par des Traveller Toys qui repartaient faire le tour du monde 🙂 )
|
.
La ville ancienne
L’éperon d’Epernon est un site stratégique naturellement protégé en forme d’éperon surplombant une plaine marécageuse à la confluence de deux rivières. Il a sûrement été occupé dès le néolithique avec un habitat sur ses pentes. Plus tard avec l’organisation du pouvoir, il est probable qu’une motte castrale avec une construction en bois s’y soit développée.
On attribue la création de la forteresse à Robert II fils d’Hugues Capet à la même époque que la construction du château-fort de Montfort (996). Les deux devaient protéger le domaine royal de Saint-Léger appartenant à Robert (actuellement en forêt de Rambouillet). Ils formaient ainsi une ligne de défense qui comprenait aussi les châteaux de Neauphle, Maule, Houdan et Gambais.
Une autre source attribue la construction de ces deux châteaux à Guillaume de Hainault (gendre du précepteur de Robert, Hugues de Beauvais), afin de se protéger des invasions normandes de l’époque. Il constituait ainsi une seconde ligne de défense après le château de Dreux.
D’une manière ou d’une autre, Epernon possession de Hugues de Beauvais, passa par le mariage de sa fille dans les mains de Guillaume de Hainault.
La forteresse fut construite sur la colline dite « de Diane », au pied de laquelle la ville se forma en forme d’amphithéâtre sûrement autour d’un édifice religieux, ayant précédé l’actuelle église Saint-Pierre (peut-être même la chapelle castrale ?).
Note : la Diane n’a rien à voir avec la déesse mais est une déformation du nom d’une ancienne dîme perçue par les religieuses des Hautes Bruyères pour l’utilisation des pressoirs (cf article ) l’hadienne ou ad dienne.
Enceintes et Faubourgs
Amaury Ier, fils de Guillaume, et premier seigneur de Montfort, fit entourer la ville par 2 fortes enceintes (XI et XIIe s) et de fossés, avec 4 grandes portes d’accès : la Porte de Chartres, la Porte de la Geôle, dite aussi Porte Normande, la Porte de Paris et la Porte de Beauce.
On trouvait 4 faubourgs en dehors de l’enceinte dont le Faubourg Saint-Thomas en direction de Chartres et le long de la Guesle (correspondant au Prieuré fondé en 1053 par Amaury de Montfort), le Faubourg du Grand Pont vers le sud au-delà de la Drouette et le Faubourg de la Madeleine en direction de Paris. En effet l’emprise de l’enceinte étant assez réduite, la ville se développa plutôt à l’extérieur par des extensions dits « faubourgs » établis le long des principaux axes de circulations : vers Chartres, Montfort et Paris. Les parcelles des maisons y étaient alors plus grandes et ouvraient sur la campagne. De plus de nombreux habitants travaillant en ville continuaient d’exploiter la terre à l’extérieur des murailles pour des contraintes d’approvisionnement.
Par la suite ces faubourgs comme souvent se confondirent avec leur paroisse : le faubourg Saint-Thomas correspondait à la paroisse de l’église Saint-Nicolas du prieuré Saint-Thomas, celui de la Madeleine avait son église. A l’intérieur, en plus de l’église Saint-Pierre on trouvait aussi l‘église Saint-Jean-Baptiste pour le quartier dit de Saint-Jean. Cette église se situait avec son cimetière ainsi qu’un bàtiment où se tenait la Justice de ville,à peu près à l’emplacement de l’ancienne mairie (près de la Poste). Cette église était déjà en ruines en 1825. lors de la construction de la mairie (hôtel de vil let école des garçons).
Cliquer pour accéder à fiche_place_aristide_briand.pdf
Les remparts et faubourgs aujourd’hui
Deux chemins, le chemin des vignes et « la Sente du Cormier » suivent de nos jours le tracé de de ce qui devaient être les premières fortifications autour du château.
En parcourant les ruelles de la « basse-ville » on peut encore voir de grands murs qui surplombent les jardins. Ce sont des vestiges des murailles de la ville. Ici ceux visibles de la Ruelle des Fontaines (plusieurs fontaines y étaient présentes …). Cette ruelle se situait à priori au niveau des douves …
En effet au XVIIIe, le marquis d’Autin (fils de Mme de Montespan et seigneur d’Epernon) fait assécher les marais au-delà des murailles pour les louer à des maraîchers. Les fossés se transforment en ruelles d’accès.
Il reste aussi quelques vestiges vers le nord et l’est mais je n’ai pas encore pu les localiser .. à suivre donc ..
Au début du XIXe siècle la ville perd ses portes et une grande partie de ses fortifications. En 1827 la ville d’Epernon s’agrandit des faubourgs auparavant indépendants de St Thomas et de la Madeleine, ainsi qu’en 1857 du faubourg du Grand Pont et le hameau de la Savonnerie qui appartenaient à Hanches. La ville s’agrandit ainsi considérablement, ces quartiers regroupant une forte activité artisanale (tanneurs et carriers). C’est aussi à cette époque que disparaissent les églises qui leur correspondaient, l’ensemble étant rattaché à la paroisse Saint-Pierre.
![]() |
| vestiges du mur d’enceinte visible depuis la ruelle des Fontaines |
![]() |
| la Ruelle des Fontaines, bordée de jardins emmurés |
Epernon et la seigneurie de Montfort

En 1092 Epernon est assiégé par Foulques IV comte d’Anjou en représailles de la fuite de sa femme Bertrade de Montfort (de 30 ans sa cadette tout de même) auprès du roi Philippe Ier, ces derniers s’épousant …. une fuite et un mariage qui firent beaucoup de remous !!! Le couple est excommunié par le pape, rejeté par l’église. S’ensuivent conciles, négociations,etc … pendant 12 ans ! En 1104, Bertrade renonce à ce mariage et à ses privilèges et redevient fille de Dieu, au cœur d’une communauté qui deviendra par la suite l’abbaye de Fontevrault.
En 1098, c’est aux assauts de Guillaume II dit le Roux, roi d’Angleterre et duc de Normandie, que la place s’oppose. Ce dernier cherche alors à protéger ses territoires de Normandie en prenant le contrôle des terres satellites comme le Vexin qui était annexé au domaine royal français. Cette offensive lancée en 1097 l’amène à dévaster la région de Rambouillet.
Plusieurs générations plus tard, en 1159 Simon III livre Montfort et Epernon à la couronne anglaise. A la fois vassal du Roi de France pour Montfort, et du roi d’Angleterre par son comté d’Evreux, il fait un choix. Ce faisant les anglais deviennent maîtres des routes de Paris et Orléans. On dit que Louis VII ne pouvant plus se déplacer est obligé de négocier. Par rancunier, il laisse cependant leurs seigneuries aux Montfort.

Vers 1230, la châtellenie d’Epernon comporte 66 fiefs et 57 arrières-fiefs, elle est donc assez importante.
En 1249, les terres de Jean 1er de Montfort, mort en croisade (tout comme son père), sont partagées entre ses héritières. Sa sœur Laure obtient la châtellenie d’Epernon diminuée de quelques fiefs. Le château reste ainsi encore occupé par la famille Montfort jusqu’au début de la Guerre de 100 Ans.
( image : Portrait fictif d’Amaury de Montfort, père de Jean 1er, commandé par Louis-Philippe Ier à Henry Scheffer en 1834 pour les Galeries historiques de Versailles )
Le château avant …
Le château est décrit sur le parcours découverte de la ville. Il était construit sur un éperon barré, donc défendu par la falaise sur 3 de ses côtés, l’accès du côté plateau défendu par 2 rangées de fossés en escarpe et contre-escarpe. Il suffisait de barrer cet accès côté plateau pour être à l’abri. Ce dispositif fossés-levées de terre est encore visible sur le plateau de la Diane.
Il était constitué d’une double enceinte dont l’accès à la basse-cour se faisait par un pont-levis flanqué de deux tours. Dans cette première cour se trouvaient les logements de la garnison, les écuries, chenils et magasins d’approvisionnement.

L’enceinte intérieure abritait quant à elle aussi des logements et les cuisines, boulangerie ainsi qu’un énorme donjon rectangulaire dont on a estimé la hauteur à 40 mètres. Il possédait 4 contreforts plats (voir la gravure un peu plus bas) sur les grands côtés et sans doute trois étages recouverts d’une terrasse.
Pour donner une idée visuelle, on peut le comparer avec des donjons encore debout de nos jours. Le rapprochement peut notamment être fait avec celui de Nogent-le-Rotrou (~1040) et ses contreforts plats, typiques de cette période pour les tours carrées … ou avec les donjons de Montbazon (~1050) et Loches (~1013-1035) élevés par Foulques Nerra.


Le château était relié par un souterrain à la maison dite « des Pressoirs » dans le bourg.
En 1421 Epernon est pris par Henry V d’Angleterre. Le château reste aux mains des Anglais pendant une longue période de la Guerre de 100 Ans. Il semble même qu’ils l’agrandissent. Mais ils le détruisent en le minant avant de partir (date ?).
Sur cette gravure du XVIe, on peut encore voir la ruine du donjon, une partie des enceintes et trois des portes. C’est un des rares témoignages de l’imposant château.
… et maintenant
En 1790, le Maréchal de Noailles, dernier seigneur d’Epernon, donne l’autorisation d’abattre ce qui restait des ruines du donjon carré. Les pierres sont alors utilisées pour consolider le coteau des vignes le long de l’actuelle sente des Vignes.
Aujourd’hui il ne subsiste que la butte et le nom de quelques rues : la « rue du château » qui se prolonge par la » rue de Diane « , la « rue du Donjon« , la « rue de la Geôle« , la « rue des Gardes » …. La Sente du Cormier suit quant à elle le tracé des anciennes fortifications sur la partie haute de la ville.
![]() |
| Vue sur la ville depuis le plateau de Diane |
.
L’ancien promontoire du château se situait donc sur le « plateau de Diane » qui surplombe la ville. On y trouve aujourd’hui un monument aux morts de la guerre de 1870. Il commémore les combats pour la défense d’Epernon face aux troupes prussiennes dix fois plus nombreuses le 4 octobre 1870.
Pour finir la petite histoire des Seigneurs d’Epernon ...
Nous avons vu que de la maison royale de France sous Henri II, la ville appartient ensuite comme baronnie aux Montfort jusqu’à Laure de Montfort, dame d’Epernon en 1249. Elle épouse le fils de Ferdinand II, roi de Castille et à sa mort en 1270, laisse Epernon à son fils le comte d’Aumale. La petite-fille de celui-ci, Jeanne, épouse Jean VI de Vendôme.

Leur fille Catherine se marie avec Jean de Bourbon en 1364. Epernon reste ainsi dans le comté puis duché des Bourbon-Vendôme jusqu’en 1562 avec la mort d’Antoine Roi de Navarre. C’est son fils Henri de Navarre (le futur Henri IV en 1589) qui hérite d’Epernon.
Petite période un peu floue … Epernon semble avoir été vendu à Jean-Louis de Nogaret de la Valette pour lequel Henri III l’érige en Duché d’Epernon en 1581 (ou alors vendu à Henri III qui l’offre à son favori .. ). Ce dernier, connu sous le terme de Duc d’Epernon, est alors un des personnages les plus influents de l’époque.

La seigneurie passe ensuite au gré des mariages dans la famille des marquis/ducs d’Antin.
En 1757 le Maréchal Louis de Noailles l’hérite de son petit-cousin dernier duc d’Antin. Le maréchal décède en 1793 mais la notion de féodalité est abolie depuis 1792 avec la Révolution française. Epernon n’est plus une seigneurie (et ne passera donc pas à la moulinette des affaires de la succession compliquée du Maréchal comme les châteaux de Boigneville ou Yermenonville tout proches)
Et à propos de la ville même ?
En dehors de l’histoire de ses seigneurs, on ne connait pas grand chose sur la ville elle-même. Située à un carrefour de routes importantes, entre Beauce, Normandie, Chartres et Paris, c’était une forte place commerçante : farines, légumes, chevaux, bestiaux …. comme l’atteste encore certains noms de rues et la présence du bâtiment des Pressoirs. On y trouvait aussi des fabriques de cuirs et de laines (impliquant la présence de lavoirs sur les ruisseaux … comme on peut encore en voir sur les bords de l’Eure à Chartres) .. et plus tard de nombreuses carrières.
Un petit aparté sur l’auteur de la gravure d’Espernon :
![]() Claude Chastillon (1559/1560 – 1616) était un architecte, ingénieur et topographe au service du roi de France Henri IV. Après avoir parcouru la France et d’autres pays limitrophes, il dessine de très nombreux lieux visités, constituant par là un témoignage unique de l’état de ces endroits à la fin du XVIe siècle et début du XVIIe. Son œuvre considérable est constituée de gravures dont 534 sont rassemblées dans une édition posthume parue en 1641 intitulée Topographie française. Des « villes, bourgs, châteaux, maisons de plaisance, remises et vestiges de l’antiquité du royaume de France» y sont représentés, mais hélas la mort prématurée de l’auteur a laissé l’ensemble incomplet (il manque des légendes, des notes …). C’est lors des campagnes militaires qu’il a pu dessiné les lieux où il séjournait. Collaborateur de Sully, il semblait être considéré par le roi comme un spécialiste des fortifications et des frontières notamment. Les vues qu’ils donnent permettent donc de saisir non pas l’intérêt architectural de l’édifice mais beaucoup plus souvent son intérêt topographique, tout comme il limite souvent la représentation des villes à quelques maisons mais en insistant sur le relief, les rivières …. Ses gravures restent souvent le seul témoignage de l’existence d’un château, d’un manoir ou d’une enceinte … En Eure-e-Loir on lui doit les représentations des châteaux, ruines ou enceintes d’Alluyes, Anet (le château de Diane de Poitiers et la ruine de la forteresse), Chateaudun, Courville (?), Epernon, Gallardon, Janville, Levainville (?), Maillebois et Nogent-le-Roi. … Cette ouvrage est disponible pour un visionnage numérique sur le site de la Bibliothèque Nationale de France : Topographie francoise ou Representations de plusieurs villes, bourgs, chasteaux, maisons de plaisance, ruines & vestiges d’antiquitez du royaume de France designez par deffunst Claude Chastillon |
Sources :
- Histoire des villes de France – vol 2 – par Aristide Guilbert (1845)
- Portes Eureliennes d’Ile-de-France – patrimoine d’Epernon
- La Seigneurie de Montfort
- Les châtellenies annexes de Montfort
- Chronologie de la Guerre de 100 Ans
- http://jeanalain.monfort.free.fr/28/NogentLeRoiEpernon.htm
- Châteaux forts et féodalité en Ile de France, du XIème au XIIIème siècle de André Châtelain (1983)
- Claude Chastillon et sa « Topographie française » par Marie Herme-Renault
- Parcours découverte d’Epernon – petite fiche découverte sur les remparts
- Parcours découverte d’Epernon
- Histoire d’Epernon









Une réponse sur « Petite Ballade à Epernon – son histoire »
[…] l’histoire d’Epernon, de son château et de son enceinte dans un précédent article ( ICI). Continuons nos découvertes dans son histoire médiévale et plus […]