Avolsheim – la Chapelle St Ulrich

La chapelle de Saint Ulrich est un simple bâtiment très petit construit sur un plan de croix grecque, comme un trèfle à 4 feuilles. Elle se trouve juste à côté de l’église de village, sur la route menant au Dompeter, en bord de rivière …

(MàJ le 07/11/2018 )

Historique de sa construction et modifications

On pense que cette chapelle aurait été construite selon le modèle des chapelles tétraconques des pays slaves (on en retrouve à Prague ou à Cracovie), vers la fin du Xème ou le début du XIème siècle, ce qui fait d’elle un des rares témoins de l’architecture religieuse carolingienne rurale en Alsace.

Cette datation repose en partie sur les fouilles du sol de la chapelle où des tessons carolingiens ont été retrouvés et sur la comparaison avec d’autres sanctuaires consacrés à St Ulrich dans cette période (mais sans que cela puisse constituer une preuve formelle … )

Des fouilles partielles avaient déjà permis d’attester cette forme de tétraconque dès 1942. Mais à la fin du XXe, les analyses d’Erwin Kern ont permis d’établir une stratigraphie complète de l’église et de ses environs. On apprend ainsi qu’à son origine, le tétraconque était couvert d’une coupole centrale contrebutée par les culs-de-four des quatre absidioles.

Au XIIe siècle fut ajoutée une tour centrale et sans doute un porche de plan trapézoïdal dont on a retrouvé les fondations. Le décor peint daterait de cette période.

Avolsheim - la Chapelle St Ulrich
Avolsheim – chapelle St Ulrich

 

Son clocher octogonal à fenêtres alternativement simples et géminées fut donc élevé au-dessus de la coupole à l’époque romane.  Une de ces fenêtres est encore décorée de belles frises de cette période.

Avolsheim - Chapelle Saint-Ulrich - Baies géminées romanes du clocher
Avolsheim – chapelle St Ulrich – baies géminées romanes

© Ralph Hammann – Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0

 

Cette chapelle fut transformée en 1774 pour devenir l’église paroissiale, en lui ajoutant une nef unique et un chœur polygonal, tronquant 2 des absidioles pour les aligner sur les nouveaux murs. L’ancienne chapelle se retrouve alors dans un rôle de clocher et porche. Le dessin de gauche donne une idée de son état d’origine avant transformation en 1760. Le dessin de droite donne une idée de son aspect après cet ajout. (Les 2 sont visibles dans la base Mérimée – cliquez sur les vignettes pour voir les documents originaux).

Trop petite elle fut remplacée par l’église St Materne voisine en 1911 après semble-t-il l’abandon de projets d’agrandissements (plans visibles dans la base Mérimée ), et sa nef et son chœur seront donc démolis.

Sur la construction primitive réalisée majoritairement en petit appareil mêlé de gros blocs et liés par un mortier de chaux blanc, seuls l’ancienne porte d’entrée, les corniches et les supports de la coupole étaient en grès rose.

De nos jours … 

A l’intérieur de cette chapelle, les 4 absidioles tronquées (nous avons vu qu’initialement elles étaient circulaires), sont orientées en fonction des points cardinaux et présentent des fresques, ainsi que la coupole. Celles-ci n’ont été mises à jour qu’en 1968 et elles sont supposées datées du XIIème s, mais ont sûrement été remaniées au XVème.

Comme la forme de cette chapelle, ces fresques aussi sont uniques en Alsace. Elles sont pourtant en très mauvais état (en grande partie à cause de l’humidité je pense …. )

 

Qu’elle était son rôle ?

Une des hypothèses subsistant est que cette chapelle et le Dompeter faisaient partie à l’époque carolingienne d’un même domaine, étant donnée leur faible distance (700m).

Celle que cette chapelle ait pu être un baptistère (sa forme peut nous y faire penser au premier abord) a quant à elle était démentie par des sondages au niveau du sol. Aucune trace de cuve baptismale n’a été trouvée. Les tombes trouvées dans son environnement proches sont postérieures au XVIe, cette hypothèse cimetériale est donc aussi exclue.

Ce monument est sur la liste des Monuments Historiques classés depuis 1862 (où on le trouve d’ailleurs toujours considéré comme un baptistère ?)

 

Avolsheim - la Chapelle St Ulrich
Avolsheim – chapelle St Ulrich – fresques intérieures

 

Les fresques de la chapelle St Ulrich

En 1967, le service des Monuments Historiques fait dégager les fresques intérieures, recouvertes d’un badigeon blanc depuis la Reforme. Leur datation s’est effectuée en comparaison de fresques romanes équivalentes dans les pays rhénans ou le sud de la France, et se situerait au XIIème siècle. Elles sont dominées par 3 couleurs : l’Ocre, le Rouge et le Vert.

Note : J’ai un peu accentué mes photos pour une meilleure visualisation, elles sont plus claires et estompées en réalité, avec quelques traces d’humidité … et sont donc difficile à déchiffrer.

 

On peut y voir :

* dans la calotte de la coupole, le Christ en Majesté : sous une forme particulière assez rare : Dieu à la fois Père et Fils, sans barbe, porte le nimbe cruciforme réservé au Fils. Il bénit de la main droit et tient sans doute les Évangiles de la gauche. Sur sa poitrine la tâche blanche représenterait le Saint Esprit. (interprétation suivant des similitudes avec un autel allemand et un vitrail à St Denis, de la même époque)

Avolsheim - la Chapelle St Ulrich
Avolsheim – chapelle St Ulrich – Christ en Majesté

 

* on trouve ensuite les 4 évangélistes avec leur symbole propre : St Luc et l’ange, St Jean et l’aigle, St Marc et le lion, St Mathieu et le taureau, entourés de chœurs d’anges.

Avolsheim - la Chapelle St Ulrich
Avolsheim – chapelle St Ulrich – les 4 apôtres Luc, Mathieu, Marc et Jean
Avolsheim - la Chapelle St Ulrich
Avolsheim – chapelle St Ulrich – les chœurs d’ange – dessous Jonas ?

 

Une autre interprétation trouvée sur la page de l’inventaire général du patrimoine culturel (source) suppose qu’il s’agit des 12 apôtres par groupe de 3, dont les phylactères (les bandeaux contenant du texte) auraient été remaniés en ailes , les transformant en chœur d’anges.

 

* en dessous des apôtres, entre les fenêtres, on distingue 4 tableaux difficiles à interpréter, sans doute de la vie de saints. L’homme glissant dans des eaux ondulées est-il Jonas ?  Le roi près duquel se trouve un jeune homme et un autre personnage sont-ils Saül et David ?

Avolsheim - la Chapelle St Ulrich
Avolsheim – chapelle St Ulrich – Saül et David ?

 

De petits décors végétaux se voient dans les espaces entre les absidioles et les fenêtres sont ornées de frises.

Avolsheim - la Chapelle St Ulrich
Avolsheim – chapelle St Ulrich – détail décors

 

A noter que l’ancien autel de cette chapelle est conservé dans une maison voisine.

 

Et concernant Saint Ulrich ?   (MàJ 2018)

Ulrich est issu d’une des familles les plus nobles de son époque. Il fut évêque d’Augsburg en Bavière au Xième siècle mais il ne semble pas qu’il soit venu en Alsace. Pourtant un village du Haut-Rhin porte son nom ainsi qu’un des châteaux de Ribeauvillé dont la chapelle castrale lui était dédié. On trouve aussi une petite chapelle dans la forêt du Ried (Holzbad/Westhouse) et enfin ici dans la chapelle d’Avolsheim.

Il suivit sa formation au monastère de Saint-Gall, puis sous Adalbéron, alors évêque d’Augsbourg. Il y fut nommé évêque à son tour en l’an 924. Connu pour ses abstinences, son souci de ses ouailles, visitant son diocèse régulièrement et distribuant ses aumônes, on le disait aussi doué du don de guérison. C’était aussi un chef militaire qui protégea sa ville des attaques hongroises, faisant construire une enceinte fortifiée. Il obtint de l’Empereur Otto Ier le droit de frapper monnaie. Il mourut nonagénaire, après quarante ans d’épiscopat.

Il est le premier saint canonisé par décision du pape (les précédents l’ont été par les évêques). On pense que son culte doit beaucoup au fait de sa famille. Il était sans doute l’oncle et grand-oncle) des ducs d’Alémannie, duché regroupant Alsace et Souabe et ce dans un contexte de développement économique et culturel. Il était aussi gestionnaire de l’empire avec les autres évêques othoniens et acteur de la défenseur face aux invasions. Il est ainsi entré dans l’imagerie othonienne.

Il fut donc associé aux croyances de guérison de sanctuaires liés à l’eau, anciens thermes, sources. On retrouve ainsi son patronage en Alsace auprès de fontaines, et pour des chapelles.

 

Voici pour cette petite chapelle  …. avant de découvrir bientôt son illustre voisine l’église de Dompeter ….

 

 

Ballades sur le Web

Je vous conseille aussi la lecture de l’article consacré à la Chapelle St Ulrich sur le Blog de Peneloppe67, elle y décrit de manière très intéressante la symbolique des églises tétraconques et d’autres détails – ainsi que celui d’Olivier Petit sur son blog sur La France Médiévale, de superbes photos du clocher et une lecture des fresques aussi (Avolsheim).

 

sources :

  • Analyse des fouilles de Erwin Kern dans « Héber-Suffrin François. La chapelle d’Avolsheim. » In: Bulletin Monumental, tome 142, n°4, année 1984. pp. 447-448. ( lien ) ( infos ajoutées à l’article dans la MàJ 07/11/18 )
  • les panneaux explicatifs in-situ ou accessibles sur le site de la ville d’Avolsheim (lien)
  • base Palissy de l’Inventaire Général du Patrimoine Culturel
  • à propos de St Ulrich d’Augsbourg :  Wikipédia Ulrich d’Augsbourg (MàJ 07/11/18 )

 

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